Venise 82 En Compétition – Pays: France – 2025 – 156 min.
(édité par Roberto Tirapelle)
Oliveir Assayas et son cinéma politique reviennent avec un film sur l’histoire russe récente, des vents de la perestroïka à l’invasion de la Crimée. Un portrait de la violence du pouvoir et de ses jeux de manipulation. Une distribution exceptionnelle.
Olivier Assayas n’est pas seulement un grand réalisateur et scénariste français de sa génération (il a aujourd’hui 70 ans), mais aussi une figure aux multiples facettes : il a débuté comme dessinateur de bande dessinée, graphiste et critique de cinéma (il a collaboré à « Métal Hurlant », magazine de science-fiction, aux « Cahiers du Cinéma », à « Rock & Folk », et était un grand amateur de kung-fu), puis comme réalisateur de films rock. Enfin, il s’est consacré à la réalisation, façonnant un cinéma qui privilégie l’ère des dernières décennies.
Cette année, après sa première à la Mostra de Venise 2025, il revient avec Le Mage du Kremlin, un film sur le pouvoir et, surtout, une réflexion sur la politique contemporaine et les écrans derrière lesquels se dissimulent cynisme et tromperie. Un film à la fois cinématographique et profondément politique, qui aborde des faits que chacun croit connaître, mais qu’il est bon de redécouvrir grâce à la collaboration d’Assayas avec Emmanuel Carrère, le célèbre écrivain, scénariste et réalisateur.

Le film s’inspire d’un entretien entre Vadimir Baranov (le Magicien du Kremlin), quasi-retraité, et un universitaire américain. L’entretien est constamment interrompu par de nombreux flashbacks. Il débute en Russie au début des années 1990, alors que l’Union soviétique s’effondre et que le pays oscille entre espoir et chaos. Baranov, alors inconnu, rencontre l’homme d’affaires Dmitri Sidorov et se lie d’amitié avec lui. Il devient un producteur de télévision de renom. Il est contacté par l’oligarque Boris Berezovsky et devient son bras droit. À ce moment-là, Boris Eltsine est sur le déclin, et tous deux décident de placer Vladimir Poutine, chef du FSB (agence fédérale issue du KGB, spécialisée dans la lutte contre le terrorisme), au premier plan. Poutine devient alors Premier ministre, puis président de la Fédération de Russie. Berezovsky est contraint à l’exil, Sidorov est arrêté et emprisonné, et Baranov, malgré ses réticences, accepte la nouvelle orientation politique et offre ses services au tsar. Il combat la Révolution orange en Ukraine et soutient l’annexion de la Crimée. Baranov, qui avait rencontré Xenia des années auparavant, la retrouve en Occident et ils renouent. Après son départ du Kremlin, Baranov se retire dans une datcha près de Moscou avec sa fille, née de son union avec Xenia.

Voici le bref synopsis du film qui, comme vous pouvez le constater, met en lumière une série d’événements historiques et personnels loin d’être simples et que le film d’Assayas a développés avec une bonne dose de suspense, mêlant une variété de décors, les méthodes perverses de la politique et les mécanismes d’oppression.
Le film est basé sur le roman «Le Mage du Kremlin » (Gallimard, 2022) de Giuliano da Empoli, écrivain, essayiste, homme politique, politologue, profond expert de l’actualité changeante avec d’autres essais célèbres commeLes Ingénieurs du chaos, (JC Lattès, 2019), sur les coulisses du mouvement populiste global, et L’Heure des prédateurs, (Gallimard, 2025), sur les évolutions. catastrophiques du monde actuel sous l’empprise d’autocrates décomplexés et des AI incontrôlables.
Le personnage de Vadim Baranov est inspiré du parcours de Vladislav Sourkov (né en 1964, mais toujours vivant), homme d’affaires et homme politique russe d’ascendance russe et tchétchène, cofondateur du parti Russie unie qui a mené Vladimir Poutine au pouvoir en 2001. Sourkov est considéré comme le principal conseiller politique au Kremlin dans les années 2000, il est l’auteur des concepts de « démocratie souveraine » et de « verticale du pouvoir ».
Acteurs

Paul Dano incarne Vadim Baranov, le Mage du Kremlin. Acteur et réalisateur américain, Dano est un artiste accompli depuis les années 2000. Il s’est imposé aussi bien dans la comédie que dans le drame, avec des films tels que Little Miss Sunshine (2006), There Will Be Blood (2007), Prisoners (2013), Twelve Years a Slave (2013), Okja (2017) et The Fabelmans (2022). Il travaille actuellement sur deux autres films : Bunker de Florian Zeller et Vegas: A Love Story de Ramin Bahrani. Dans Le Mage du Kremlin, il fait preuve d’une virtuosité diplomatique remarquable, d’une parfaite insondabilité politique et émotionnelle, et d’une opacité presque insoutenable. Il offre certaines des meilleures interprétations de la Guerre froide derrière le rideau de fer.
Tom Sturridge incarne Dmitry Sidorov. Cet acteur britannique possède le physique idéal pour interpréter un homme d’affaires et un prédateur, à la fois séduisant et cynique. Will Keen, dans le rôle de Boris Berezovsky, également acteur anglais, livre une excellente prestation.
Alicia Vikander (Ksenia), de plus en plus captivante, semble parfaitement à l’aise dans la complexité de son personnage, à la fois si vaste et si nuancé. Actrice accomplie et récompensée, elle prépare actuellement « Hope », un film sud-coréen.


Enfin, Jude Law dans le rôle de Vladimir Poutine. Cet acteur britannique, beau et talentueux, ressemble étrangement au vrai Poutine. Son regard est celui d’un seigneur de pouvoir, et son personnage, d’une noirceur digne d’Anakin Skywalker, crève l’écran.
Dans l’ensemble, une distribution exceptionnelle pour une histoire qui, tragiquement, hante nos vies. Ce n’est pas un éclair cinématographique, mais Assayas s’en est approché. En sortant de la salle, on est sur le qui-vive; on s’attendrait presque à un coup de feu.
Le Mage du Kremlin
Distribution
Paul Dano : Vadim Baranov
Jude Law : Vladimir Poutine
Alicia Vikander : Ksenia
Tom Sturridge : Dmitry Sidorov
Jeffrey Wright : Rowland
Andris Keišs : Evgueni Prigojine
Will Keen : Boris Berezovsky
(cr ph Curiosa Films- Gaumont)
Fiche Technique
Scénario : Olivier Assayas et Emmanuel Carrère, d’après le roman Le Mage du Kremlin de Giuliano da Empoli
Décors : François-Renaud Labarthe
Costumes : Jürgen Doering
Photographie : Yorick Le Saux
Son : Nicolas Cantin, Olivier Goinard, Gwennolé Le Borgne, Sarah Lelu et Nicolas Moreau[3]
Montage : Marion Monnier
Production : Olivier Delbosc
Coproduction : Sidonie Dumas
Sociétés de production : Curiosa Films et Gaumont, en coproduction avec France 2 Cinéma
Sociétés de distribution : Gaumont (France) ; Pathé Films AG (Suisse romande), The Searchers (Belgique)
