Espagne-France – 2025 – 115min
73e Festival international du film de Saint-Sébastien: Coquille d’or
47e Festival de cinéma de Montpellier: Antigone d’or
Avec: Patricia López Arnaiz, Miguel Garcés, Juan Minujín, Mabel Rivera, Nagore Aramburu, et Blanca Soroa
(par Roberto Tirapelle)
Synopsis
Ainara, 17 ans, élève dans un lycée catholique, s’apprête à passer son bac et à choisir son futur parcours universitaire. A la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu’elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d’embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Si le père semble se laisser convaincre par les aspirations de sa fille, pour Maite, la tante d’Ainara, cette vocation inattendue est la manifestation d’un mal plus profond …
Le troisième long métrage d’Alauda Ruiz de Azúa poursuit son exploration des liens familiaux, mêlant avec subtilité émotion et spiritualité. Blanca Soroa, la jeune protagoniste est une véritable révélation.

Alauda Ruiz de Azúa est une cinéaste et réalisatrice hispano-basque, pas exactement prolifique en termes de films, n’ayant réalisé jusqu’à présent que trois longs métrages, mais elle a reçu de nombreuses récompenses et une reconnaissance considérable, et son écriture de mise en scène n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de raconter des histoires.
Diplômée en philologie anglaise et réalisation cinématographique de l’ECAM de Madrid, elle a écrit et réalisé plusieurs courts métrages qui ont rencontré un vif succès national et international. Ses deux premiers longs métrages, dont le plus remarquable est LULLABY (2021), ont remporté plus de 30 prix. Sa série de fiction QUERER (2024) a également reçu autant de récompenses.
Alauda Ruiz de Azúa s’est lancée dans son troisième long métrage, Les Dimanches, qui raconte l’histoire d’une adolescente et de sa foi fervente face aux failles intimes d’une famille. Ce film d’une grande sensibilité a déjà rencontré un vif succès en Espagne. Sorti en salles en octobre, il a obtenu d’excellentes critiques et figure parmi les sérieux prétendants aux Goya, avec 13 nominations, face au célèbre Sirât d’Óliver Laxe. La cérémonie aura lieu à Barcelone fin février.
Si certains connaissent déjà la réalisatrice, par exemple avec des films comme Lullaby ou la série Querer, ils savent comment elle jongle avec les chroniques familiales et qu’elle peut émouvoir le spectateur ou le faire trembler de doute.
Même dans Les Dimanches, Alauda Ruiz confirme et développe son style qui, dans les contextes familiaux, frôle le dramatique, avec des touches de comédie, des règles de l’intime et des vocations spirituelles.
Comme le suggère le synopsis, l’héroïne est Ainara, une lycéenne catholique qui se sent appelée à entrer au couvent et préfère servir Dieu plutôt que d’obtenir son diplôme ou de poursuivre des études universitaires. Cette décision choque sa famille et, bien qu’elle ait d’abord pensé trouver du soutien auprès de sa tante, elle finit par engendrer un conflit familial.

Comme nous l’avons évoqué précédemment, la foi et la vocation sont importantes, mais elles n’étaient pas au cœur du propos d’Alauda Ruiz de Azúa, qui confirme : « La vocation était le point de départ, mais ce qui m’intéressait vraiment, c’était de questionner l’institution familiale et d’observer ce qui se passe dans ce foyer à partir du moment où cette adolescente fait cette annonce. La foi, en soi, n’était pas le sujet principal. Il est inévitable d’en parler lorsqu’on aborde la question de la vocation, mais je ne voulais pas créer un débat entre la foi et la raison. » En résumé, voici l’idée centrale : « Ce qui m’intéressait, c’était la fragilité de cette institution : ce récit du foyer comme refuge, comme lieu d’affection stable, qui ne correspond pas toujours à la réalité. »

Concernant la mise en scène, la réalisatrice a opté pour un décor sobre et serein, où les personnages sont presque tous placés à la même hauteur, et où aucun jugement moral n’est porté. Alauda Ruiz de Azúa affirme : « Il n’y a ni halos de lumière ni musique “spirituelle” pour signaler une présence divine. Ce qui compte, ce sont les corps, les regards, les conversations. » Et ce sont précisément ces nuances qui importent et captivent le spectateur.
Acteurs
Blanca Soroa incarne Ainara, la jeune fille qui souhaite se convertir. Blanca, dix-sept ans, est une actrice espagnole qui fait ses débuts au cinéma. Elle a été choisie parmi des centaines de candidates. La metteuse en scène et son équipe l’ont accompagnée dans une aventure remarquable. Une performance sobre et maîtrisée qui lui a déjà valu deux nominations.

Patricia López Arnaiz incarne Maite, la tante. Actrice espagnole à la carrière brillante, elle s’est fait connaître grâce au film « The Invisible Gardien » (2017) et à la série télévisée « The Other Look », où elle défend une approche féministe dans ses rôles. Son personnage, très complexe, exigeait une forte présence, qu’elle a su rendre avec courage et une certaine poésie. Selon Alauda Ruiz : « Maite n’est pas un personnage parfait ; elle frôle parfois l’erreur, même si son moteur est l’amour. »
Nagore Aranburu interprète la mère prieure. Actrice de théâtre (elle a reçu le prix de la meilleure révélation féminine en 1999), de cinéma et de télévision, elle s’est récemment fait remarquer grâce à plusieurs prestations. Son jeu est impeccable, d’une grande maîtrise – il s’agit après tout d’un rôle atypique – mais elle a déjà travaillé avec Alauda Ruiz de Azúa, qui déclare : « Nous sommes très amies, nous avons une confiance mutuelle. »

Musique
La musique joue également un rôle important dans ce film, notamment grâce à l’utilisation originale qu’en fait la réalisatrice. Elle a notamment employé des morceaux comme « Quédate », l’hymne de Quevedo, et « Into My Arms » de Nick Cave. Ce choix était délibéré de la part d’Alauda Ruiz de Azúa, qui souhaitait créer un espace à occuper sans pour autant survaloriser la dimension religieuse. De fait, la musique du film est principalement composée de chœurs qui déploient des résonances, peut-être celles d’une communication.
Les Dimanches (Titre original : Los domingos)
Fiche Technique
Scénario : Alauda Ruiz de Azúa
Photographie : Bet Rourich
Montage : Andrés Gil
Production : Sandra Hermida Muñiz, Nahikari Ipiña (es)
Sociétés de production : Buena Pinta Media, Encanta Films, Colosé Producciones, Think Studio, Sayaka Producciones, Le Pacte

(cr ph Le Pacte)