Pays: Palestine, Royaume-Uni, France, Danemark, Norvège, Qatar, Arabie Saoudite, Jordanie – 2025 – Arabe, Anglais – 1h59
Avec: Hiam Abbass, Kamel Al Basha, Yasmine Al Massri, Jalal Altawil, Robert Aramayo, Saleh Bakri, Yafa Bakri, Karim Daoud Anaya, Wardi Eilabouni, Ward Helou, Billy Howle, Dhafer L’Abidine, Liam Cunningham, Jeremy Irons.
(édité par Roberto Tirapelle)
SYNOPSIS: Palestine, 1936. La grande révolte arabe, destinée à faire émerger un État indépendant, se prépare alors que le territoire est sous mandat britannique.
Annemarie Jacir signe ici son film le plus ambitieux, mêlant histoire et fiction dans son récit de la Palestine des années 1930. Œuvre engagée, elle est portée par une distribution d’acteurs-personnages qui conjuguent jeu d’acteur et perspicacité historique.

Annemarie Jacir, réalisatrice, poétesse, scénariste et écrivaine, est une artiste d’une grande polyvalence, reconnue par les cinéastes palestiniens émergents. Elle a écrit, réalisé et produit plus de seize films. Ses œuvres ont été présentées en avant-première à Cannes, Berlin, Venise, Locarno, Rotterdam et Toronto. Trois de ses longs métrages ont été sélectionnés pour représenter la Palestine aux Oscars. Son court métrage « Comme vingt impossibles » (2003) a été le premier court métrage arabe sélectionné à Cannes et s’est également distingué en étant finaliste aux Oscars. « Le Sel de la Mer » (2008), premier long métrage d’une réalisatrice palestinienne, a été présenté à Cannes et a remporté le Prix FIPRESCI de la Critique ainsi que quatorze autres prix internationaux. Ses autres œuvres, fictions et documentaires, ont reçu de nombreuses récompenses.
Jacir s’investit également dans le mentorat et la formation, et œuvre à la promotion du cinéma indépendant dans la région.
Palestine 36 est son œuvre la plus ambitieuse, un chapitre poignant et essentiel de l’histoire du peuple palestinien. Le film a été présenté en avant-première au 50e Festival international du film de Toronto et offre un récit d’une grande précision historique. Fascinant, tant comme documentaire que comme fiction, il saura toucher un large public.

Bien que le film se déroule au printemps 1936, il trouve ses racines dans la Déclaration Balfour de 1917, du nom du ministre britannique des Affaires étrangères. Cette déclaration exprimait le soutien à l’établissement d’un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine, sans toutefois préciser son statut politique ni ses frontières. Puis, en 1923, le “Mandat britannique pour la Palestine” fut instauré, approuvé par la Société des Nations (ancêtre de l’ONU), et couvrait les territoires actuels de la Jordanie, de la Cisjordanie, d’Israël et de la bande de Gaza.
Le récit du cinéaste se déroule entre Jérusalem et le petit village d’Al Basma, où les tensions s’exacerbent chaque jour entre les habitants, les colons et l’occupant britannique. Une poudrière explose, marquée par des grèves, des soulèvements et des revendications de partage du territoire.
Le film intègre des images d’archives à la narration. En effet, comme l’explique le réalisateur : « Les images d’archives ont joué un rôle essentiel dans ma préparation artistique du film : je les ai consultées pour comprendre à quoi ressemblait ce monde disparu, comment les gens s’habillaient, etc. »

Le slogan de l’affiche du film est : « 1936, la grande révolte arabe contre l’empire colonial britannique ». Ce choix de mise en avant est une volonté de la réalisatrice, qui déclare d’ailleurs : « L’héritage britannique a profondément marqué la situation actuelle en Palestine. Les Britanniques ont maintenu leur emprise sur nous et nous ont empêchés de nous gouverner. Il est essentiel d’être très clair à ce sujet et de ne pas se laisser tromper par d’autres récits.» Et Jacir poursuit : « Aujourd’hui encore, en Palestine, où je vis, mes interactions se limitent à l’armée israélienne. Ils vont et viennent dans nos villes, nous contrôlant, nous arrêtant et nous tirant dessus, tout comme l’armée britannique le faisait dans les années 1930. » Ces mots forts imprègnent le scénario du film.
C’est un film choral mettant en scène de nombreux personnages aux profils variés, mais partageant des points communs.
Distribution
Yasmine AL MASSRI, dans le rôle de Khuloud Atef, la journaliste, est l’un des fils conducteurs de l’histoire. Actrice libano-américaine, elle incarne une femme indépendante, s’habille en homme et signe ses articles d’un pseudonyme masculin. Dans l’histoire vraie, Khuloud est un personnage inspiré de personnes réelles, comme le révèle le réalisateur : ”Katy Antonious, une mondaine qui fut une figure importante de l’élite de Jérusalem et qui organisa des salons et des rencontres littéraires et intellectuelles durant la période du Mandat.” On y croise également des journalistes palestiniennes, telles qu’« Asma Tubi, qui, dans ses premières années (dans les années 1930), publia des essais sous un pseudonyme masculin pour éviter les représailles liées à l’expression d’idées féministes et nationalistes.» Jacir poursuit : « May Ziadeh, une intellectuelle palestino-libanaise vivant au Caire, écrivait elle aussi sous un pseudonyme masculin, tout comme Amina Al Said, une féministe égyptienne qui publiait parfois anonymement pour échapper à la censure.» Un autre passage est également intéressant : “À Haïfa, un petit nombre de femmes ont commencé à écrire publiquement sans pseudonyme, signalant l’émergence d’une culture de presse féministe palestinienne avant 1948.”

Dhafer L’ABIDINE interprète Amir Atef, le mari de Khuloud. Cet acteur tunisien très intéressant a débuté sa carrière avec Alfonso Cuarón. Son personnage, dans le film, est d’une grande conciliation, contrastant avec l’intransigeance de sa femme, tant envers les Juifs qu’envers les Anglais.
La campagne est peuplée de la jeune Afra, interprétée par Wardi Eilabouni ; de sa mère, Rabab, jouée par Yafa Bakri ; et de sa grand-mère, incarnée par la célèbre actrice Hiam Abbass. Mais il y a aussi les deux rebelles, Karim Daoud Anaya (dans le rôle de Yusuf) et, surtout, Saleh Bakri dans celui de Khalid. Saleh Bakri est un acteur de confiance du réalisateur, avec lequel il a déjà tourné. Jacir déclare : “Notre collaboration artistique est très particulière : nous communiquons sans un mot. “

Enfin, on retrouve les Anglais, notamment Jeremy Irons dans le rôle de l’inspecteur en chef Wauchope, pour une apparition régulière ; Billy Howle ; et Robert Aramayo dans celui du capitaine Wingate, un rôle à la fois terrifiant et poignant.
Un dernier point concerne la sous-scène du film où une chanson est interprétée a cappella pendant le générique de fin : il s’agit de la voix d’Aya Khalaf, chanteuse et professeure de musique qui, selon Annemarie Jacir, a consacré sa vie à la préservation du patrimoine musical palestinien.

Palestine 36
Fiche Technique:
Réalisation et scénario : Annemarie Jacir
Photographie : Hélène Louvart, Sarah Blum, Tim Fleming
Montage : Tania Reddin
Musique : Ben Frost
Décors: Nael KANJ
Son: Rawad HOBEIKA, Bruno TARRIERE, Samuel MITTELMAN
Production : Ossama Bawardi
Sociétés de production : Philistine Films, Autonomous, Corniche Media, MK Productions, Snowglobe, BBC Film, BFI, Doha Film Institute, Watermelon Pictures, Film i Väst
Société de distribution : Haut et Court (France)[2
(cr ph Haut et Court)