Pays de production: France / Tunisia – Drame – 113 minutes – 2026 – 76 Berlinale Competiion
Avec: Eya Bouteraa : Lilia – Marion Barbeau : Alice – Hiam Abbass : Wahida – Fériel Chammari : Hayet – Salma Baccar : mamie Néfissa
(rédigé par Roberto Tirapelle)
SYNOPSIS: De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d’une maison où cohabitent trois générations de femmes.
Leyla Bouzid revient en Tunisie pour nous livrer l’histoire intime des mensonges et des secrets enfouis d’une famille et d’une société qui entravent la compréhension du présent. Réalisé par une femme et porté par une distribution entièrement féminine de cinq actrices désireuses de faire entendre leurs voix, ce film est un bel exemple du cinéma franco-tunisien.

La réalisatrice et scénariste tunisienne Leyla Bouzid signe son troisième long métrage, À voix basse, présenté en compétition à la dernière Berlinale. Elle avait auparavant réalisé À peine j’ouvre les yeux, tourné en Tunisie et sorti en 2015, qui avait remporté un prix à la Mostra de Venise ainsi que plus de quarante récompenses internationales. Son deuxième long métrage, Une histoire d’amour et de désir, avait clôturé la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2021.
Son premier film, À peine j’ouvre les yeux, a été tourné en Tunisie ; le second, Une histoire d’amour et de désir, en France. Ces deux films partagent un même thème : des événements politiques et sociaux qui s’entremêlent aux vies personnelles, influençant les sentiments et la sexualité. À voix basse a de nouveau été tourné en Tunisie, dans la station balnéaire de Sousse. Là encore, l’imbrication des sentiments personnels et de la société se poursuit. Un subtil conflit se dessine entre mensonges et famille.
Le film se déroule entre la maison de la grand-mère, rue de Carthage (Sousse), où prédominent l’éclairage en clair-obscur, les meubles patinés et anciens et la végétation luxuriante, et la ville de Sousse (au sud de Tunis, à 160 km), une ville balnéaire, d’un port de l’Afrique romaine à une station balnéaire, très moderne mais en même temps très conservatrice.
Le film s’ouvre sur la mort de l’oncle Daly, retrouvé à moitié nu dans la rue. Les funérailles, organisées à la hâte, sont pour le moins suspectes et soulèvent ainsi plusieurs mystères qu’il convient d’élucider. Dans ce contexte, Lilia, récemment rentrée de Paris, se lance dans une quête de vérité qui la contraint à se confronter à ses propres mensonges. En effet, personne ne sait qu’elle aussi est arrivée à Sousse avec sa compagne. Secrets de famille coexistent, dans une société tunisienne où un code pénalise les différentes sexualités, notamment chez les hommes, mais moins chez les femmes.

Le film aborde ces intersections d’un point de vue féminin, car il se concentre sur les cinq femmes qui occupent l’écran : la matriarche, les deux sœurs, la fille et sa compagne. La réalisatrice excelle à jouer avec leurs tensions, tant latentes que manifestes, et à explorer les nuances de chaque personnage, ouvrant et fermant des portes et des fenêtres, à l’image d’un petit oiseau resté seul dans la pièce, implorant la compréhension de s’envoler.
Leyla Bouzid poursuit sa brillante carrière cinématographique, et il est extrêmement rare de trouver un film traitant de l’homosexualité masculine, et a fortiori féminine, dans le cinéma arabe. Le père du réalisateur Nouri Bouzid s’y était également essayé au début des années 1990 avec Bezness (« Hommes prostitués »), une œuvre courageuse.
Actrices

Eya Bouteraa incarne Lilia, le personnage principal du film, la fille venue de Paris. Actrice française, il s’agit pratiquement de son premier grand rôle, après des apparitions dans des courts métrages. Le réalisateur la décrit comme une « véritable révélation ». Dans la vie, elle est d’une gaieté rayonnante ; on l’aperçoit d’ailleurs sur le tapis rouge de la Berlinale, où elle affiche toujours un sourire radieux. À l’écran, elle parvient à capturer une douce mélancolie, mais aussi une soudaine et passionnée fureur envers son partenaire. Ces performances la rendent charmante et charismatique. Elle maîtrise parfaitement son rôle, de sa détermination à découvrir la vérité jusqu’à l’effondrement des mensonges. Comme le souligne Bouteraa, son travail est « d’une précision remarquable, de sa voix à sa démarche et à ses mouvements ». Un travail d’une méticulosité extrême.
Hiam Abbass incarne Wahida, la mère. Actrice, réalisatrice, productrice, scénariste et photographe franco-palestinienne, Hiam Abbass est reconnue pour sa riche carrière depuis les années 1980. Au sein de la famille À voix basse, Wahida occupe une place à part ; son talent transparaît à chaque plan, tant dans le silence que dans le jeu. Ses mouvements sont parfaitement adaptés au rôle.


Marion Barbeau interprète Alice, la partenaire de Lilia. Aussi surprenant que cela puisse paraître, sa carrière a débuté par la danse ; elle est devenue première ballerine au Ballet de l’Opéra de Paris, qu’elle quittera en 2024. Durant une pause dans sa carrière de danseuse, elle a participé au tournage du film « En Corps » (2022), où elle tenait le rôle-titre d’une danseuse talentueuse. Ce rôle lui a valu le César de la meilleure interprétation féminine. Deux autres films ont suivi, avant qu’elle ne partage l’affiche avec Pierre Niney dans « Gourou » de Yann Gozlan. Nous sommes convaincus qu’une alchimie remarquable s’est développée entre les deux acteurs. Marion Barbeau est une actrice capable de se détendre au bon moment, malgré sa grande détermination ; elle a incarné Alice à la perfection. La discipline de la danse l’a sans doute rendue déterminée et souple.
Salma Baccar incarne Néfissa, la grand-mère au cœur de la famille, une figure à la fois autoritaire et adorée. Réalisatrice et femme politique tunisienne, Salma n’est pas actrice. Elle fut apparemment l’une des premières réalisatrices tunisiennes. Selon Leyla Bouzid : « Elle a accepté l’aventure, et j’avais peur : je me suis lancée dans la réalisation, et elle s’est laissée emporter !» Toutes deux ont incontestablement réussi.
Feriel Chamari interprète Hayet, la sœur de Wahida. Actrice franco-tunisienne, elle a joué au théâtre, au cinéma et à la télévision. D’une exubérance remarquable, elle est au sein de la famille une présence aimante, compréhensive et indulgente, tout en restant profondément attachée à ses valeurs. Elle a instauré une dynamique intelligente avec Wahida et les autres femmes.
Image
La recherche de l’image fut passionnante et menée par Sébastien Goepfert, directeur de la photographie des précédents films du réalisateur. L’aspect le plus important consistait à recréer la maison en clair-obscur, obtenu grâce à un éclairage progressif. Il fallut ensuite surmonter d’autres difficultés, comme la superposition des corps de Lilia et Alice dans une scène d’amour. Enfin, il fallut gérer l’entrelacement des images du passé et du présent.
Musique
La musique de Yom, compositeur et clarinettiste français, est particulièrement envoûtante dans ce film. Leyla Bouzid a été immédiatement séduite par l’album « Seul dans la lumière », car elle pensait que la musique s’accorderait parfaitement aux images du film. Yom est intervenu en postproduction avec la monteuse Lilian Corbeille, bien qu’il n’ait jamais composé de musique de film. Sa clarinette orientale confère une profondeur particulière aux espaces de Sousse et à l’interaction entre tous les interprètes.

Cast Technique
Réalisation et scénario Leyla Bouzid
Produit par Caroline Nataf
Coproduit par Habib Attia
Directeur de la photographie Sébastien Goepfert
Montage Lilian Corbeille
Son Aymen Labidi – Raphaël Mouterde – Sarah Lelu – Niels Barletta
Musique originale Yom
Assistant mise en scène Salem Daldoul
Scripte Leïla Geissler
Direction de production Tunisie Walid Loued
Direction de production France Thomas Morvan
Direction de post-production Astrid Lecardonnel
Une production Unité
En coproduction avec Cinétéléfilms
Ventes internationales Playtime
Distribution France Memento
(cr ph Memento)
