Année de production : 2026 – Pays : Belgique, France Durée : 155 minutes -Date de sortie : 30.09.2026

Prix du Scénario au Festival de Cannes 2026.

 Sélectionné  pour Le Prix Jean Renoir des lycéens 2027

AVEC: Swann Arlaud (Henri Marre) – Sandrine Blancke (Paulette Marre)

(édité par Roberto Tirapelle)

SYNOPSIS: Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…

Pour son deuxième long métrage, Emmanuel Marre aborde la période délicate du régime de Vichy en partant d’une approche familiale, pour ensuite développer un film aux allures de documentaire administratif qui excelle tant par sa mise en scène que par son écriture. Une distribution qui tient la distance tout au long du film.


Le réalisateur français Emmanuel Marre a signé plusieurs courts et moyens métrages à ce jour. Il vit et travaille entre Bruxelles et Paris. Après le court métrage remarqué Le film de l’été (Berlinale 2017), Julie Lecoustre s’associe à lui en 2018 pour écrire, concevoir et réaliser D’un château l’autre (Pardino d’oro à Locarno). En 2020, ils poursuivent leur collaboration en coréalisant Rien à foutre, son premier long métrage officiel, présenté en 2021 à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes ; un film qui a rencontré un franc succès auprès du public comme de la critique et qui a bénéficié de la présence d’Adèle Exarchopoulos.

Il est désormais en compétition à Cannes avec Notre Salut, un film qui se penche sur l’univers de Vichy et sur les hommes ayant collaboré durant cette période. Le projet a vu le jour il y a une dizaine d’années, lorsqu’une tante du réalisateur, passionnée de généalogie, lui a montré une série de lettres de ses arrière-grands-parents. Marre savait que son arrière-grand-père avait adhéré au régime de Vichy et qu’il avait écrit ce livre, Notre Salut, un traité politique d’inspiration pétainiste. Il semblait être un homme en décalage avec son époque. Dans une lettre, il décrit son arrivée à Vichy et son enthousiasme.

L’ouvrage fut publié par Fernand Sorlot, mais aux frais de l’arrière-grand-père ; or, cet éditeur — Sorlot — avait également publié *Mein Kampf*, le manifeste politique d’Adolf Hitler.

L’objectif du film de Marre était de dresser le portrait de tous ces fonctionnaires qui avaient mis en marche les rouages ​​de ce pouvoir. Il est aussi question de la famille, mais de manière assez périphérique. Le grand thème auquel se consacre le protagoniste est le monde du travail sous le régime de Vichy. Il existe donc un fil conducteur reliant Rien à foutre, un film sur l’Occupation, à Notre salut, où un homme cherche un emploi. Au cœur de cette quête apparaît également l’idée qu’une fois intégré au système du travail, celui-ci finit par vous broyer.

L’histoire suit le protagoniste alors qu’il s’immerge dans le système du travail : rationaliser la gestion du chômage, classifier les travailleurs étrangers, orienter les Juifs vers des groupes spécifiques. Il se laisse corrompre par son ambition, à tel point que sa femme tente de préserver leur relation, mais la situation finit par se dégrader.

Le film comporte des séquences clés, telles que le montage mêlant documents d’archives et scènes où collaborateurs et employés sont contraints de crier toujours plus fort « Vive le Maréchal » au passage du cortège.

On aurait peut-être pu insister davantage sur certains aspects que le film dépeint, mais l’œuvre demeure un documentaire auquel chacun a contribué : un portrait remarquable des personnages et des lieux, ainsi qu’une approche grotesque des rouages ​​administratifs.

Acteurs

Swann Arlaud incarne Henri Marre. Acteur de cinéma et de théâtre à la carrière déjà riche, il est à la hauteur de ce rôle dans Notre salut, occupant constamment le premier plan et une présence constante à l’écran. Au-delà d’une écriture bien définie, il a su — à notre avis — intégrer des improvisations tout en s’investissant physiquement dans le personnage. Ses César : Petit Paysan d’Hubert Charuel en 2018, Grâce à Dieu de François Ozon en 2020 et Anatomie d’une chute de Justine Triet en 2024.

Sandrine Blancke incarne Paulette Marre. Actrice belge à la carrière très riche, tant au cinéma qu’au théâtre, elle insuffle de nombreuses nuances à son personnage — l’épouse d’Henri — tout en rendant palpable la réalité de la situation et son impact intime sur leur histoire. Face au zèle de son mari pour le régime, elle conserve sa lucidité, non sans une certaine inquiétude. Sandrine Blancke s’est fait connaître avec Toto le héros de Jaco Van Dormae (Caméra d’or au Festival de Cannes en 1991) et L’Ombre du doute d’Aline Issermann, film pour lequel elle a reçu le Prix du public pour l’interprétation à la Mostra de Venise. En 2023, sa prestation dans Dalva d’Emmanuelle Nicot, présenté à la Semaine de la critique, lui a valu un Magritte. En 2026, outre Notre salut, on la retrouvera également dans Silent Rebellion de Marie-Elsa Sgualdo et Un détour par Diane d’Ann Sirot et Raphael Balboni.

Extraits sur la musique  

L’une des scènes les plus surprenantes, agressives et sensuelles du film est sans aucun doute la danse sur le tube  Pop Corn , qui laisse place à la chanson  Live is Life. On a puisé dans les archives de l’INA pour créer une chorégraphie complète. Ce n’est pas un moment de bonheur pour tout le monde, mais le résultat final est magnifique ; on dirait une comédie musicale avec des personnages qui ne savent pas danser, à l’image d’Henri Marre et du préfet de Limoges, Antoine Lemoine (qui, sous le régime de Vichy, fut secrétaire d’État à l’Intérieur dans le gouvernement Laval).

Extraits sur la mise en scène

Pour la mise en scène, il a été décidé de ne montrer le maréchal Pétain qu’une seule fois en personne, mais de dos, en se concentrant sur sa casquette militaire et sa nuque. Un dirigeant bien présent mais invisible, hormis à travers son portrait omniprésent dans le film et dans les images d’archives. Cette absence symbolisait toutefois la pensée politique et l’impossibilité d’un retour.

Notre salut

Réalisation et scénario : Emmanuel Marre
Décors : Anna Falguères
Costumes : Prunelle Rulens
Photographie : Olivier Boonjing
Son : Antoine Bailly
Montage : Nicolas Rumpl
Production : François-Pierre Clavel, Jules Grange et Alexandre Perrier
Coproduction : Sébastien Andres et Alice Lemaire
Production associée : Bastien Ehouzan
Sociétés de production : Michigan Films, Kidam, en coproduction avec Actarus, Condor, Les Films de Pierre, Les Films Pelléas, France 2 Cinéma, RTBF, The Ink Connection et Unité
Sociétés de distribution : Condor (France) ; Frenetic Films (Suisse romande)

(cr. ph. ©Michigan Films & Kidam – Condor Films)