France 2026 – 97 min – Festival Cannes – Un Certain Regard
AVEC: Élodie Bouchez : Alice Rivière
Stanislas Merhar : Vladimir Lazarev
Alphonse Roberts : Ulysse
Thibaut Mahieux : Ulysse (6-10 ans)
Romane Bohringer : Laura
Gringe : Ahmad, l’orthophoniste
(édité par Roberto Tirapelle)
SYNOPSIS: Alice, chercheuse en sociologie, découvre qu’elle est enceinte. Luc, son mari, exulte. Ce sera un garçon ! Ils l’appelleront Ulysse. Sauf qu’à un an, Ulysse ne rentre pas dans les courbes. Trop petit, trop maigre. Les pédiatres s’interrogent et le verdict tombe: syndrome génétique. Ulysse ne sera pas comme les autres. Mais comment sera-t-il ? Mystère.
Lætitia Masson présente son dernier film dans la section Un Certain Regard à Cannes. Un récit courageux et intelligent sur le handicap d’un enfant. Le panorama des institutions qui accompagnent ces personnes est également très intéressant. Une distribution judicieusement choisie, d’une grande sensibilité dans l’interprétation de leurs rôles.

La réalisatrice, actrice et scénariste française Lætitia Masson signe son onzième film, auxquels s’ajoutent deux séries télévisées. Figure singulière du cinéma français contemporain, elle a toujours su captiver le public par son style à la fois sensible et audacieux. Après des études à l’école de cinéma “La Fémis”, ses premiers courts métrages attirent l’attention. Son premier long métrage, En avoir (ou pas) (1995), rencontre un vif succès et est récompensé par plusieurs prix. Sa carrière se poursuit avec des films comme À vendre (1998), sélectionné au Festival de Cannes, Love Me (2000), en compétition à la Berlinale, et Coupable (2008). Tous ces films mettent en scène des personnages en quête d’identité. Parallèlement à son travail au cinéma, Lætitia Masson a également réalisé plusieurs téléfilms.
“Ulysse raconte une épopée humaine, semée d’obstacles, à la frontière du comique et du tragique, avec des personnages plongés dans le réel mais filmés comme des aventuriers. Ulysse c’est l’histoire d’un petit garçon. Elle commence par « Il était une fois » et s’achève sur un espoir.” (Lætitia Masson)

Dans le cas d‘Ulysse, la réalisatrice aborde un thème qui lui tient particulièrement à cœur et qui l’a profondément marquée, car Ulysse, le garçon handicapé dont le parcours difficile vers l’égalité sociale est dépeint, est son fils, et Alphonse Roberts, qui interprète le rôle, est également son fils. Pour aider Alice à surmonter ses difficultés, sa mère se tourne vers une amie un peu excentrique, maquilleuse, qui l’aide à adopter une vision moins pessimiste de la vie. Son père,, pianiste très introverti, laisse libre cours à ses émotions au piano, en pleurant. Il décide ensuite de partir en tournée artistique en Amérique et préfère donc prendre ses distances, mais il n’abandonnera jamais sa famille.
C’est assurément un film intéressant car il offre un aperçu des obstacles à surmonter pour trouver des solutions : le MDPH (Foyer pour personnes handicapées), l’AVS (Assistants de vie scolaire), l’IME (Institut médico-éducatif), le CAJ (Centre de jour) et d’autres ESAT (Laboratoires protégés). Ce sont autant d’institutions ou d’associations qui se distinguent de diverses manières, pas toujours idéalistes, dans leur engagement pour la protection et la réinsertion des personnes handicapées. Le réalisateur s’attarde sur les aspects les plus significatifs du système, parfois même de façon répétitive, mais cela ne nous empêche pas de constater que le temps passe et que peu de choses se résolvent. Sa grande force réside dans sa réalisation stylisée ; peut-être qu’au-delà de la détermination de la mère, une plus grande intensité de colère et de rage aurait été nécessaire.

En fin de compte, tout n’est pas parfait, mais dans le cinéma du handicap, Ulysse représente une étape importante. Il faut reconnaître que la philosophie de la mère n’est pas parfaite, bien qu’elle soit affirmée, à l’instar des écrits de Masson, mais nous éprouvons tout de même de l’empathie pour cette histoire.
Acteurs

Alphonse Roberts incarne Ulysse. La réalisatrice confie qu’elle n’avait jamais envisagé Alphonse pour le rôle, mais que ce sont ses producteurs qui le lui ont recommandé. Finalement, ce choix s’est avéré judicieux ; il était parfait pour le rôle. Naturellement, il a dû l’accepter lui-même. Alphonse avait déjà fait du théâtre, mais jouer sa propre vie était une toute autre affaire. Masson déclare : « J’ai vu le film comme un retour aux sources, en compagnie de gens bienveillants, et j’ai découvert un nouvel univers.» Selon Masson, la scène la plus difficile à tourner a été celle où Élodie (sa mère) le gronde dans la rue. « Il l’a jouée instinctivement, sans aucune indication de ma part », commente la réalisatrice. « Il était épuisé émotionnellement, mais il m’a dit que c’était son jour préféré de tout le tournage.» L’équipe lui avait préparé un chocolat chaud.
Élodie Bouchez incarne Alice Rivière. Cette actrice française a connu une brillante carrière depuis les années 1980. Elle a remporté le César de la meilleure actrice pour Les Roseaux sauvages en 1995, ainsi que le César de la meilleure actrice et le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes pour La Vie rêvée des anges en 1998. Elle travaille également avec la troupe du Théâtre de la Ville à Paris. C’est la cinquième fois qu’Élodie Bouchez collabore avec le réalisateur, et elle livre une performance d’une grande justesse. Bien qu’elle connaisse très bien l’actrice, Masson estime qu’elle mérite encore plus d’éloges pour ce rôle. « C’est elle qui a su rendre les réactions spontanées des enfants en temps réel », explique le réalisateur. « Elle a fait preuve de courage et de sensibilité. »


Stanislas Merhar incarne Vladimir Lazarev (le père). Merhar est également un acteur de longue date au cinéma et au théâtre. Il intègre ensuite l’École Normale de Musique de Paris où il étudie le piano pendant cinq ans dans la classe d’André Gorog. Il apprend dans un atelier de restauration de boiseries dorées. Il fait ses débuts au cinéma par hasard en 1996 avec Nettoyage à sec, rôle pour lequel il remporte le César du meilleur espoir masculin. Le film remporte le prix de la meilleure scène à la Mostra de Venise. S’ensuit une brillante carrière. Le personnage du père, initialement écrit par Masson, était superficiel et peu développé. Les producteurs du film réunissent toujours le réalisateur et l’acteur. Masson apprend alors que la première passion de Stanislas est le piano. Il réécrit donc le personnage. Il est ensuite très touché par Alphonse, au point d’en livrer une interprétation très naturelle et profondément mélancolique. Hautement remarquable.
Gringe incarne Ahmad, l’orthophoniste. Rappeur, acteur et écrivain français, il remplace son mari pendant ses absences, mais uniquement à titre de substitut. C’est un personnage touchant, interprété avec une grande finesse et une profonde sensibilité, à l’image d’un professionnel de santé de ce calibre.

L’équipe technique est parfaitement assortie, et la présence du monteur Alexandre Auque, en particulier, rend le tournage plus fluide et plus efficace.
Ulysse
Réalisation et scénario : Lætitia Masson
Photographie : Emmanuelle Collinot
Montage : Alexandre Auque
Décors : Fanny Stauff
Production : Michèle Pétin, Laurent Pétin
Société de production : ARP Sélection
Société de distribution : ARP Sélection
(cr ph Arpselection)