Année de production : 2026
Pays : Chili, États-Unis, Espagne, Mexique – 108 minutes – sortie : 26.08.2026

Avec: MAYA O’ROURKE: Inés
MAIA RAE DOMAGALA: Hanna
Saskia Rosendahl : Lina
Jakub Gierszał : Alexander
Paulina Urrutia : Techa
Mauricio Pesutic : Ricardo

(édité par Roberto Tirapelle)

SYNOPSIS: Chili, 1992. Le pays reste marqué par des années de dictature. Alors qu’elle est gardée par ses grands-parents dans leur hôtel en station de ski, Inès, 9 ans, se lie d’amitié avec Hanna, une jeune sportive venue d’Allemagne. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de trace, l’enfant cherche à comprendre…

La réalisatrice chilienne Manuela Martelli signe son deuxième long métrage, une œuvre profondément politique et métaphorique sur un ancien combattant de la dictature militaire. Habilement filmé du point de vue d’une enfant qui aspire à percer les mystères des adultes. Bravo, petite Maya !

Manuela Martelli, forte du succès de son premier long métrage, Chile 1976, présenté en avant-première à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2022, sort actuellement son dernier film, Dégel, en compétition dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes.

La réalisatrice Martelli a fait ses débuts au cinéma adolescente dans le film B-Happy, qui lui a valu le Coral Award de la meilleure actrice au Festival du film de La Havane. Elle a ensuite joué dans de nombreux films et séries télévisées. Spécialisée aux États-Unis, elle a ensuite, dans le cadre du programme Chile Factory, coréalisé le court métrage Marea avec Amirah Tajdin. Le film a été présenté en avant-première à la Quinzaine des Réalisateurs.

Il s’agit du premier film de fiction d’une réalisatrice chilienne à être sélectionné dans la section Un Certain Regard. Martelli explique : « Cannes offre une visibilité incroyable aux films, et au final, tout ce que nous souhaitons, c’est que le film soit vu. Pour moi, c’est aussi un soutien extraordinaire qui me permet de continuer à faire des films. Cannes accorde une grande importance aux cinéastes, ce qui peut être crucial pour les projets futurs. »

L’histoire du film débute en 1992, année où le Chili inaugure son pavillon à l’Exposition universelle de Séville, avec un iceberg transporté de l’Antarctique comme pièce maîtresse. Ce geste symbolisait un Chili nouveau et moderne, ouvert sur le monde, libéré de la dictature.

La petite Inès, laissée par ses parents partis pour Séville, est confiée à ses grands-parents, propriétaires d’un hôtel de montagne dans une région isolée. Libre de ses mouvements entre l’hôtel et le monde extérieur, elle fait la connaissance d’Hanna, une jeune skieuse allemande de 14 ans arrivée avec son entraîneur et son équipe. Leur amitié se noue profondément, mais un jour, la skieuse disparaît. Dès lors, les questions fusent, dans une société chilienne où règne le silence. Inès, la petite fille, ne se laisse pas abattre et part en quête de vérité.

Le titre même du film, Dégel, est une belle métaphore : le dégel symbolise la fin du silence, là où la dictature a figé la population dans l’appréhension et l’angoisse.

Des secrets refont surface, et les séquences qui suivent, ainsi que les acteurs, les mettent en scène avec un symbolisme fort.

Le réalisateur a choisi une petite fille et une jeune femme, et Martelli explique : « On considère souvent l’enfance comme un état de naïveté absolue, mais en réalité, observer cet âge n’est pas un acte innocent. Dans cette histoire précise, cela a aussi mis en lumière une série de fantômes qui hantent une génération née sous la dictature, qui a dû accepter tous les compromis liés au retour de la démocratie.»

Le récit du film se transforme en un voyage captivant et plein de suspense : la petite Inès représente la nouvelle génération démocrate et les héritières du silence de leurs proches. La disparition d’Hanna elle-même évoque les disparus, tous ceux qui ont disparu pendant la dictature.

Le suspense s’installe progressivement dans les différentes chambres de l’hôtel, révélant les nombreux intérêts possibles de l’établissement, les petits et grands mensonges, et les résonances entre l’hôtel et la montagne.

Actrices

MAYA O’ROURKE incarne Inés, une fillette de 8 ans. Chilienne, elle fait ici ses débuts au cinéma. Malgré son peu de dialogues, sa prestation laisse présager une brillante carrière. Elle traduit en anglais les réponses des témoins locaux à la mère de sa fille disparue, jouant ainsi le rôle d’intermédiaire. Selon Martelli, les difficultés de casting sont apparues : « Nous avons examiné plus de 500 candidates, mais elles devaient répondre à des critères précis, comme la maîtrise de l’anglais. Nous avons sélectionné deux actrices qui ont suivi un atelier approfondi. Mais sans succès. Soudain, nous avons reçu une vidéo d’auto-audition de Maya, qu’elle avait elle-même réalisée. Elle parlait espagnol et anglais avec une assurance surprenante. Cela nous a impressionnés. Elle est devenue une véritable guerrière.»

MAIA RAE DOMAGALA interprète Hanna, la fillette qui disparaît. Elle aussi est chilienne. Comme sa mère, Lina, Hanna et ses deux proches sont allemands. C’est là que réside la dimension politique du film, le Chili et l’Allemagne présentant des similitudes. De retour dans le rôle de Maia Rae, Domagala livre une performance magistrale. Il s’agit pratiquement de son premier long métrage ; elle avait auparavant joué dans un court métrage.

Saskia Rosendahl incarne Lina, la mère d’Hanna. Actrice allemande, Saskia Rosendahl s’est déjà forgée une solide carrière malgré son jeune âge. Apparue en 2012 dans son premier long métrage, Lore, elle y a immédiatement remporté de nombreux prix dans divers festivals. Elle livre une performance captivante, à la fois énergique et déterminée, où son regard tantôt dissimule, tantôt révèle une grande palette d’émotions.

Porté par une cinématographie remarquable et un ancrage territorial intense, ce film est avant tout politique, même lorsqu’il aborde les thèmes de l’enfance et de l’adolescence. Manuela Martelli confie s’inspirer de certains modèles : les films des années 1960 et 1970. Cría cuervos, L’esprit de la ruche et Au revoir les enfants en sont des exemples emblématiques. Mais ne vous retournez pas (titre original : A Venezia… un dicembre rosso shocking, de Nicolas Roeg, dont l’action se déroule à Venise) et les films des années 1980 et 1990 ont également servi de références.

Dégel (El deshielo)

Scénario : Manuela Martelli
Photographie : Benjamín Echazarreta
Montage : Yibrán Asuad
Musique : Mariá Portugal
Décors : Noemi Gonzáles
Sociétés de production : Ronda Cine (Chili), Fundación Río (Chili), Wood Producciones (Chili), Piano (Mexique), Elastica Films (Espagne), Cinema Inutile (USA)

(cr. ph. Les films du Losange)