Pays de production: France – Drame historique – Durée 195 minutes – 2026

Avec: Jean Dujardin: Jean Luchaire – Nastya Goloubeva‑Carax: Corinne Luchaire – August Diehl: Otto Abetz -André Marcon: Julien Luchaire

(édité par Roberto Tirapelle)

Xavier Giannoli filme la spirale historique qui mène de l’idéalisme au naufrage. À l’instar d’Illusions perdues, Les Rayons et les Ombres offrent des décors et un jeu d’acteurs tout aussi saisissants. Nastya Goloubeva-Carax (22 ans) est une véritable révélation.

Le talentueux Xavier Giannoli revient avec un film important et audacieux, destiné à devenir un outil pédagogique dans les écoles. Le film révèle la vérité sur les collaborateurs français, en s’attaquant à des figures réelles mais méconnues de ce contexte politique particulier. En effet, le récit se concentre sur les cercles de la presse parisienne, dont la moralité s’est effondrée sous le traitement médiatique du film, car aujourd’hui, ce type de presse pourrait être qualifié de malveillant. De ce contexte se dessine un portrait décadent du Paris riche et occupé.

Le luxe et l’ostentation politique (Jean Luchaire est le rédacteur en chef du journal « Notre Temps »), l’ambition et le pouvoir (le professeur Otto Abetz, futur ambassadeur du Reich à Paris), et le talent d’actrice (Corinne Luchaire, d’abord comédienne à succès, puis suivant les traces de son père et le mouvement) sont les flammes qui consumeront l’âme de ces protagonistes, par l’exécution ou la tuberculose. Et c’est Corinne elle-même qui, en 1948, ravagée par la maladie (tuberculose, tabagisme et alcool), racontera toute l’histoire devant un magnétophone qui, lui aussi, s’avérera hors service.

Dans ce film, Xavier Giannoli renoue avec la reconstitution historique après le succès d’ Illusions perdues  (2021), qui explorait la France de la Restauration à travers le prisme des poètes, journalistes, éditeurs et nobles. Des portraits et des récits qui restent assez similaires à ceux de ses premiers films.

D’après les propres déclarations du réalisateur, on comprend aisément pourquoi il a souhaité se concentrer sur l’histoire de Jean et Corinne Luchaire : « Pour moi, faire des films, c’est aussi filmer ce qui n’a pas encore été montré. La période de la Collaboration reste relativement peu explorée dans le cinéma français. Ce film aborde également ce qui me fascine le plus : la complexité humaine.» « Il s’agit d’essayer de comprendre comment ces deux personnes se sont retrouvées prises au piège de circonstances qui les dépassaient, en observant ce que l’on appelle souvent la force des circonstances. »

Et Giannoli poursuit : « Il me semblait important de montrer ce dont la France était capable.» Dans « Illusions perdues », un de mes personnages disait : « Le compromis est intemporel. »

Le dernier film colossal de Giannoli, malgré ses 195 minutes, se déroule comme un thriller : un rythme effréné, un montage incandescent, et une intrigue mêlant mélodrame, collusion et décadence physique et spirituelle. Cependant, dans le cinéma français, le réalisateur n’est pas le seul à avoir mis en lumière ces pans d’histoire de diverses manières. On peut citer, entre autres, Le Chagrin et la Pitié (1969) de Marcel Ophüls, Lacombe Lucien (1974) de Louis Malle, et même L’Armée des ombres (1969) de Jean-Pierre Melville.

Acteurs

Jean Dujardin est Jean Luchaire. Acteur, scénariste, réalisateur et producteur français, Dujardin a connu une carrière longue et fructueuse. 2012 fut son année la plus marquante, avec le film  The Artist , qui lui valut un Oscar. Son personnage y est complexe, mais grâce à son expérience, il parvient à retranscrire avec justesse les difficultés des événements qui se déroulent.

Mais la véritable révélation est Nastya Goloubeva, qui incarne Corinne Luchaire, la fille de Jean. Issue d’une famille d’artistes – son père est le célèbre réalisateur Léos Carax, sa mère l’actrice russe Katerina Goloubeva –, dotée d’un talent d’actrice exceptionnel dès son plus jeune âge, Nastya Goloubeva s’est fait remarquer très tôt dans trois films de son père, ainsi que dans Revoir Paris (2022) d’Alice Winocour, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Son succès retentissant est arrivé avec Les Rayons et les Ombres, film dans lequel elle a progressivement conquis le public par son élégance sur les tapis rouges lors des avant-premières, sa résistance aux gros plans et l’intensité croissante de sa souffrance physique. La presse a unanimement salué son potentiel de révélation du cinéma français.


August Diehl incarne Otto Abetz, directeur de l’Association de jeunesse de Karlsruhe dans le Bade (devenu le Bade-Wurtemberg en 1952), qui souhaitait promouvoir un rapprochement franco-allemand. Cet acteur allemand, dont la carrière au théâtre et au cinéma est remarquable, joue un rôle clé dans le développement de l’histoire. Son talent est immédiatement perceptible, qu’il soit vêtu d’un costume pacifiste ou qu’il interprète un ambassadeur nazi, et il donne vie aux moments emblématiques du récit.

Parmi les techniciens, il faut absolument mentionner Christophe Beaucarne, le chef opérateur belge qui avait déjà collaboré avec Giannoli sur Illusions perdues. Photographe de talent, il crée des nuances chromatiques qui interprètent une parabole dont la courbe s’achève dans les couleurs d’un naufrage collectif. Pascaline Chavanne signe des costumes remarquables, et Riton Dupire-Clément des décors exquis, après avoir travaillé avec Giannoli sur plusieurs de ses films, tels qu‘Illusions perdues, L’Apparition ou D’argent et de sang. On peut également citer le montage vertigineux de Cyril Nakache, collaborateur régulier du réalisateur.

Les Rayons et les Ombres

Fiche technique

Scénario : Jacques Fieschi et Xavier Giannoli
Musique : Guillaume Roussel
Décors : Riton Dupire-Clément
Costumes : Pascaline Chavanne
Photographie : Christophe Beaucarne
Montage : Cyril Nakache et Mike Fromentin
Production : Olivier Delbosc, Sidonie Dumas et Patrick Godeau
Sociétés de production : Curiosa Films et Gaumont

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